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SEMAINES SOCIALES – NOGENT-SUR-MARNE

Vendredi 2 Novembre 2018

INTERVENTION DE MGR MICHEL SANTIER

 

 

 

Comme évêque de Créteil, évêque du Val-de-Marne depuis onze ans et connu pour le ‘’déploiement de la cathédrale’’, je suis heureux d’accueillir les Semaines Sociales, ici, à Nogent-sur-Marne dans les locaux d’un établissement catholique d’enseignement, même si ce n’est pas tout à fait la première fois puisque certaines rencontres précédentes se sont déroulées au parc Floral de Vincennes, non loin d’ici.

Dans le département du Val-de-Marne (1.370.000 habitants) qui se situe dans les périphéries de Paris et du fait même pour l’Eglise diocésaine de Créteil la question sociale, la question de l’engagement, est incontournable.

Dans la visite pastorale des 18 secteurs du diocèse et la récente visite des quartiers populaires, visite dans les appartements, les cités, et accueilli dans les familles, la question sociale, la question de l’engagement m’est apparue avec évidence.

Les élus qui m’ont accueilli dans leur commune ont tout de suite souligné l’engagement de nombreux catholiques dans les associations humanitaires, de solidarité, (aussi bien le Secours populaire, le Secours catholique, les Restos du cœur), les associations sportives et culturelles. Ils ont souligné aussi ce que j’avais perçu : la paroisse est un lieu d’intégration des nouveaux arrivants et des migrants ; à partir de l’insertion dans la paroisse, beaucoup m’ont dit : nous avons pu trouver notre place dans la cité, dans la ville. Pour les élus, comme dans les autres religions, la paroisse est un lieu de socialisation, de mise en lien et de relation avec les enfants, les jeunes, les adultes, mais aussi entre les générations.

Pour avoir écouté et rencontré les habitants, la question est celle du logement et du temps de transport pour se rendre au travail et en revenir (2 à 3 heures par jour), debout et serré.  Les logements dans les cités sont peu spacieux, avec de nombreux enfants, jeunes, et cela les renvoie aux portes des immeubles. Le Droit au Logement, un logement digne, est un droit fondamental.

Dans les quartiers, en écoutant, j’ai perçu que des habitants vivent le chômage de leurs parents et grands-parents. Dans cette situation, l’Eglise ne peut pas simplement offrir un idéal sur le mariage, des réflexions sur la famille ou les familles, car il n’existe pas de modèle de famille. Elle doit intégrer dans sa pastorale ce qui marque la vie des familles : le chômage, le mal-logement, la situation des mères qui élèvent seules leurs enfants, la solitude de nombreuses personnes âgées.

Sans cette prise en compte de la réalité de l’enseignement social sur la famille l’Eglise n’a plus d’impact dans la société ou, alors, cet enseignement est perçu comme en opposition, en réaction avec la modernité alors qu’en s’appuyant sur la Parole de Dieu elle peut continuer à éclairer des situations sans issue et donner des repères non pas rigides mais porteurs de vie et d’espérance.

La crédibilité de l’Eglise, de son enseignement social, conduit les chrétiens à poser des actions concrètes pour le logement. Dans le diocèse de Créteil, le diocèse et la paroisse de Limeil-Brévannes ont proposé la construction d’un hôtel social pour l’accueil des mères qui élèvent seules leurs enfants, avec l’appui, l’engagement du Secours catholique, Habitats solidaires et, récemment, Habitat et Humanisme ; avec le soutien du département, de la région, du territoire. Ce n’est pas facile : de nombreux obstacles administratifs, financiers, juridiques se lèvent les uns après les autres ; ils ont pu être dépassés grâce au soutien du Préfet. Mais, inauguré fin mai, le bâtiment ne peut pas encore accueillir 30 familles qui seraient heureuses d’y être logées. Les contraintes et les complications juridiques peuvent aboutir à décourager l’engagement des bénévoles.

Un autre lieu d’engagement des chrétiens dans la société est celui du vivre ensemble, le souci du bien commun, la construction de la paix, car la mission de l’Eglise consiste bien sûr à favoriser l’union avec Dieu mais aussi l’unité du genre humain.

Comme évêque, avec les chrétiens du diocèse, je me suis engagé dans la voie du dialogue avec la société, la rencontre avec les autres communautés chrétiennes, les autres communautés religieuses et leurs responsables, juifs, musulmans, bouddhistes.

Je parlerai davantage de rencontres : on avance petit à petit, mais ces rencontres produisent du fruit. Le synode diocésain dans une orientation (n° 2) votée à près de 90%, s’est exprimé sur ce point : ‘’l’Eglise diocésaine veut être une Eglise de la rencontre’’.

A la suite du grand rassemblement ‘’Diakonia 2013-Servir la fraternité’’ un diacre m’a interpellé pour que soit lancée dans le diocèse l’opération Août Secours Alimentaire (ASA) afin de distribuer des repas aux familles qui ne partent pas en vacances. La première année, le diacre responsable a constaté que, parmi les bénéficiaires se trouvaient plusieurs familles musulmanes. Ensemble nous avons rencontré l’imam pour que la mosquée de Créteil soit associée à l’opération. Ils ont accepté et, se trouvant ensemble à distribuer des repas aux plus pauvres, une vraie fraternité s’est créée entre bénévoles musulmans et catholiques : des préjugés sont tombés et une estime mutuelle se développe. En effet, depuis le Concile Vatican II et la déclaration Nostra aetate (28.10.1955) les catholiques sont invités à porter sur les musulmans ‘’un regard d’estime’’, parce qu’ils sont croyants, qu’ils adorent le Dieu unique ; et le service des plus pauvres fait partie de la foi et devient un lien de communion, de construction de la paix.

Avec les musulmans, des chrétiens se sont engagés pour des soirées ‘’Ensemble avec Marie’’ ; et, bien que la place de Marie ne soit pas la même dans les Evangiles et le Coran, une expérience spirituelle se vit et se poursuit dans les hôpitaux, dans les mouvements de ‘’Jeunes pour la Paix’’ de la communauté de Sant’Egidio, le Secours catholique.

Comme le temps est limité, je n’insiste pas sur les relations avec nos frères juifs et, entre chrétiens, juifs et musulmans, avec le projet d’une « Maison du dialogue et de la culture » que nous mettons en place.

En conclusion,

La foi chrétienne, avec la méditation en commun de la Parole de Dieu, et la formation commune, est source, et ressource, pour l’engagement des chrétiens. Mais nous ne savons pas assez le mettre en valeur, le révéler ; c’est l’une des missions des Semaines Sociales. Certains militants chrétiens qui taisaient l’origine chrétienne de leur engagement sont conduits aujourd’hui à l’exprimer de façon plus visible et explicite.

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